mourir: telle était sa destinée. Il devait mourir pour sauver les autres, mourir afin de faire cesser la guerre. Il devait aller le rejoindre dans la forêt. Il avait 1 heure pour le faire. S'il ne se montrait pas, le tueur dominerait le monde et lui adapterait un nouveau rythme de vie à sa manière: faire le mal. Pour éviter que d'autres innocents soient tués, que d'autre sang soit versé, il devait s'y rendre, s'y rendre seul. Il regarda sa montre: plus que 30 minutes soit la moitié du temps que le tueur lui avait laissé pour se livrer à lui, pour se livrer à la mort. Le jeune garçon tremblait de froid, de peur. Malgré les créatures qui l'entouraient, il n'avait plus la force de se défendre.
Il ne parvenait plus à contrôler ses tremblements. Mourir n'était finalement pas si facile. Chacune de ses respirations, l'odeur de l'herbe, la fraîcheur de l'air sur son visage, lui étaient infiniment précieuse: penser que la plupart des gens avaient des années et des années devant eux, du temps à perdre, un temps si abondant qu'il traînait en longeur, alors que lui se raccrochait à chaque seconde. Il pensait qu'il lui serait impossible de continuer en sachant qu'il le devait.
Il prit la pierre de résurrection dans ses mains et comprit qu'il n'avait pas besoin de l'utiliser. Il n'avait pas besoin de faire venir ceux qui lui avaient été enlevés par la mort et qui lui manquaient, car c'est lui qui allait les rejoindre. Tout de même, il tourna trois fois la pierre dans sa main puis su qu'il se passait quelque chose. Autour de lui de légers mouvements, comme des corps frêles posant le pied sur le sol de terre, recouvert de brindilles, qui marquait la lisière de la forêt. Il ouvrit les yeux et regarda.
Ce n'étaient ni des fantômes, ni véritablement des êtres de chairs. Il s'agissait alors d'un souvenir qui s'était presque matérialisé. Moins consistants que des corps vivants, mais plus que des spectres, ils s'avançaient vers lui et sur chaque visage il voyait le même sourir d'amour. Il les avaient tous devant lui: son père, sa mère, son parrain ainsi qu'un de ses professeurs à qui il devait tant.
C'était sa mère qui avait le plus large sourire. Elle rejeta ses longs cheveux en arrière lorsqu'elle s'approcha de lui et ses yeux verts, si semblables aux siens, scrutèrent son visage avec avidité comme si elle ne pourrait jamais contempler son fils sufisamment.
- Tu as été si courageux.
Il lui fut impossible de parler. Il la dévorait des yeux en pensant qu'il aurait voulu rester là à la regarder à tout jamais, que cela lui aurait suffit. Rester près de sa mère qui lui avait sauvé la vie 16 ans auparavant en donnant sa vie pour le protéger.
- Tu y es presque, dit son père. Tout près. Nous sommes...si fiers de toi
- Est-ce que ça fait mal ?
La question s'était échappée des lèvres du jeune garçon avant qu'il ait pu la retenir.
-Mourir ? Pas du tout, répondit son parrain. cest plus rapide et plus facile que de tomber endormi.
- Et il voudra aller vite. Il a hâte d'en finir, assura son professeur.
- Vous resterez avec moi ?
- Jusqu'à la toute fin, dit son père.
- Ils ne pourront pas vous voir? demanda le garçon
- Nous faisons partie de toi, répondit son parrain. Nous sommes invisibles pour les autres.
Il regarda sa mère.
- Reste près de moi
Et il se mit en chemin . . .
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- Je pensais qu'il viendrait, dit le tueur de sa voix claire et aiguë. Je m'attendais à ce qu'il se montre. Il semble que je me sois...trompé.
- Non, vous ne vous êtes pas trompé.
Le jeune garçon avait parlé d'une voix aussi sonore que possible, avec toute la force dont il était capable.
Ils restèrent debout, un en face de l'autre à se regarder longuement. Il ne songea pas à se défendre: il devait mourir. Il voulait que tout se passe vite, pendant qu'il pouvait encore tenir debout. Il vit alors la bouche remuer, puis il y eut un éclair de lumière verte et tout disparut.